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DEPRESSION MONDAINE invite EARGASM GOD : sérotoninergique à libération prolongée

Design graphique by © GAEL LAPASSET

En ces drôles de temps confinés, l'heure est parfois propice à l'introspection. Retour sur soi, un - ou  plusieurs - pas de recul quant au tourbillon de la vie de tous les jours, mise à distance de tous les "pourquoi" et de tous les "comment"... En tant que collectif, nous avons eu envie de solliciter un électron libre de notre matrice antéchristique : ave DEPRESSION MONDAINE, moritori te salutant. 

Cet artiste, parachuté à Marseille après nous avoir copieusement nourri.e.s de sa folie sans borne du coté de la Belle Endormie, illustre à lui seul les tiraillements artistiques et identitaires auxquels nous avons toujours été confronté.e.s - et de manière encore plus aiguë du fait de l'arrêt brutal des soirées et du spectacle vivant pour cause d'urgence sanitaire. On fait le point avec lui car, malgré tout, la vie continue. Tout se poursuit autrement, certes, mais la temporalité s'affranchit du concept de mise entre parenthèses...​ Rencontre.

De  Bordeaux  à  Marseille  en  passant  par  Paris  et  Biarritz,  cofondateurs  de  deux  collectifs axés sur la fête par et pour les personnes TPBG, cela fait autour de 2 ans que tu  mixes. Comment vois-tu ton évolution concernant la musique depuis tes débuts à ce  jour ?

J'ai commencé le mix grâce à GUIPOL qui m'a permis de tripoter les sons qu'il passait en soirée sur son petit contrôleur Korg (ndlr : ahhhh les beaux jours...), il s'agissait principalement de techno et d'indus. Je me suis rapidement dirigé vers les musiques hardcore et gabber, peut-être par besoin d'évacuer un stress inhérent à la vie de tous les jours. Ensuite, en étant au contact d'un certain nombre de dj différent.e.s, et à force de recherches musicales sur de multiples plateformes, mon oreille s'est habituée à la fois à des sons plus durs (comme l'indus hardcore, que l'on expérimente dans notre duo L3X1000) mais aussi à des sons que l'on pourrait qualifier de plus pointus, type "post club expé", musiques en partie deconstruites, ainsi qu'à ce que l'on pourrait qualifier, bien que je n'aime pas ce thème fourre-tout car il est assez réducteur, de "rave-world-music", qui s'inspire de différentes cultures pour les adapter au milieu de la rave. Pour résumer, nous pouvons dire que mes horizons s'ouvrent, cela me permettant de proposer des sets éclectiques et parfois surprenants...

Comme nous le disions plus haut lors de la brève introduction, tu es marseillais  d'adoption  depuis  le  début  de  cette  année scolaire. Avec un peu  de recul, dans quelle mesure l'ambiance marseillaise se distingue-t-elle de  ce que tu as  pu vivre à Bordeaux ?  

Bordeaux et Marseille sont deux villes qui n'ont fondamentalement rien à voir. Les réseaux de solidarité ne sont pas les mêmes et le rapport à la communauté diffère pas mal entre l'un et l'autre. Le milieu TPBG marseillais m'a accueilli très rapidement et à bras ouverts, c'était vraiment réconfortant de voir que l'on pouvait se sentir chez soi de manière aussi fulgurante. Comme il s'agit d'une grande ville, mais aussi d'une ville dont une grande partie de la population est très précaire la solidarité est omniprésente, les initiatives en direction de l'autre ont lieu quotidiennement et le rapport à l'autogestion est, je pense, lié au contexte politique marseillais, dans lequel les élites méprisent totalement la population, à tel point que cette population (TPBG ou non) agit par et pour elle-même sans considérer les décisions prises en haut (et je n'ai pas l'impression d'avoir retrouvé cela dans d'autres villes). Depuis que je suis arrivé à Marseille, j'ai l'impression que mon travail en tant que DJ et organisateur de soirée s'est pas mal développé, les possibilités sont nombreuses et ne manquent pas d'êtres alléchantes. Une comparaison directe avec Bordeaux serait mal venue, car nous sommes dans deux dynamiques et deux villes complètement différentes, que ce soit en terme de taille ou en terme de culture. Je me suis amusé dans les deux villes, et en découvrir une nouvelle est extrêmement stimulant et excitant !

Tu  as  cofondé  le  nouveau  collectif  ERROR.tpg  avec  des  ami.e.s  de  confiance  rencontré.e.s  dans  le  sud  est.  Comment  vous  inscrivez vous  dans  le milieu queer  marseillais qui jouit d'une belle dynamique avec,  entre autres, les collectifs PAILLETTES,  MOUILLETTE et DISCORDANCE ? Est-ce que tu peux me parler de ton équipe et de vos projets passés et à venir ? 

Nous sommes un collectif de personnes, Noémie (reine de l'organisation et sédatif humain des personnes anxieuses comme moi), Maï (qui s'occupe aussi de l'organisation, de la sécurité et des bénévoles), Gael (notre graphiste de feu), Mina (dark DJ résidente) et moi-même (DJ résident et "chercheur d'artistes" pour les soirées). Nous cherchons à nous inscrire dans le milieu queer en le liant de très près à des questions politiques de réappropriation du dancefloor pour les franges délaissées de la société. Nous souhaitons aller au-delà des strass et du glamour pour montrer que la communauté TPBG ne se résume pas à l'extravagance, mais que des vies se cachent derrière. Notre communauté souffre, selon moi, de cette mise en avant de l'extravagance, en cela qu'elle met de coté toute une tranche de personnes qui ne sont justement pas à l'aise avec cette idée d'exubérance et représentation de soi. Ainsi nous essayons du mieux que nous pouvons d'associer les multiples facettes de notre riche milieu au sein de nos soirées, en faisant en sorte de ne mettre personne mal à l'aise ou de coté. Si cela fonctionne ? C'est au public de nous le dire...

J'ai eu la chance d'être invité à mixer pour le collectif PailletteS peu de temps après mon arrivée à Marseille, et je dois dire que je suis clairement amoureux d'elleux. Ce collecti est composé de personnes adorables avec qui je me suis tout de suite senti bien. Aussi ce collectif est composé de DJ talentueux.ses, dont Dasha & Sasha (deux boules d'amour), Convulsions (qui est aussi un maquilleur de haut vol) ainsi que Ttristana (fka P6R6R6K, dont le travail de DJ et de producteur.ice mérite à être connu, et il me semble que c'est en très bonne voie !).

Lorsque nous avons organisé notre première soirée, nous avons été contacté.e.s par des membres du collectif DISCORDANCE, qui s'interrogeait sur qui nous étions et ce que nous proposions. C'est rapidement devenu une belle histoire d'amour ! Chacun.e des membres s'inscrit dans une politique queer radicale vraiment très intéréssante, ce sont des personnes adorables sur le plan humain ainsi que de très bon.ne.s artistes (tant du coté des DJs que des VJs). Nous avons déjé invité l'une de ses membres, ALMEVAN, à jouer parmi nous - un grand moment de techno - et des collaborations sont sur le feu (mais en mijotage lent du fait de la crise du coronavirus...).

Mon emploi du temps de fêtard (en tant que public) ne me l'ayant pas permis, je n'ai pas encore eu la chance d'aller à une soirée MOUILLETTE, mais je réparerai ma faute dès lors qu'ils organiseront une nouvelle soirée sur Marseille. Je ne suis pas en contact avec ce collectif si ce n'est un échange avec l'un de leur DJ qui, peut être, débouchera sur une invitation à bras ouverts lors d'une soirée ERROR.tpg... Affaire à suivre !

Vous avez ce point commun avec nos copaines du collectif nantais USEES COUTUMES  de faire le maximum pour proposer des soirées à prix  libre.  Pourquoi est-ce important pour vous de maintenir ce genre de politique d'entrée dans vos teufs ?

Ce qui nous semble primordial dans la fête, c'est que celle-ci ne soit pas discriminante, et cela passe aussi par le prix de la soirée et son accessibilité. Ainsi, nous avons mis un point d'honneur à proposer des soirées soit à prix libre, soit à maximum 5€, afin que la totalité de notre communauté puisse y participer sans que l'on échoue sur l'écueil du classisme et du mépris des personnes précaires - à laquelle une partie de notre collectif appartient.

 

Ce n'est inconnu de personne, tu as un goût immodéré pour les tracks violentes mais, en même temps, qui virent au kitschissime (happy hardcore et gabber old school, donk, remix absurdes dénichés au fin fond des douves d'internet...). On a bien aimé la découverte du concept de "postshame" pour  qualifier ton style. Qu'est ce que ça t'évoque ? 

Selon moi, ce que l'on pourrait qualifier de "postshame", c'est toute cette musique qui crispe les personnes qui "sont allées à Berlin avant que ce soit cool". Du coup, c'est une manière de montrer que l'on peut faire la fête sans être un poseur, et que l'on peut aller en soirée techno autrement que pour la street cred. Je trouve ça génial de pouvoir passer un remix nightcore de "l'amour toujours" de Gigi D'Agostino et de voir que le public s'enflamme, alors que trois pâles personnes maigrelettes semi-gothiques semi-fetish font la gueule au fond de la salle. Le "postshame" permet de laisser derrière soit toute forme d'a priori au profit de la fête décomplexée. J'aime ça.

Mayday, mayday ! Instant fangrrrrling : donne-moi 3 tracks qui illustrent ton identité artistique, qu'on se rende un peu compte en quoi la dépression est 100% mondaine.

Trois tracks qui illustreraient mon identité artistique...

Dans un premier temps, je dirais le remix de COUCOU CHLOE que nous avons fait avec Dewalenn aka GUIPOL :

 

Ensuite, je proposerais ce magnifique son de DJ SPEED que les gens ont beaucoup de mal à comprendre lorsque je la passe (mais je l'aime d'amour) :

Et enfin, ce son juste parfait de ECDYSIS :

 

 

(pour le coup nous sommes dans l'éclectisme ! )

Un petit mot sur ton invité du jour pour le podcast ? On ne va pas le cacher, ça fait un bon moment que tu suis EARGASM GOD sur les réseaux. Il était en bonne voie pour venir performer à Marseille avec ERROR.tpg, mais COVID oblige, la date a été annulée... On croise les doigts pour que ce ne soit que partie remise ! En attendant, est-ce que tu peux nous en dire plus sur cet artiste ?

J'ai découvert EARGASM GOD lorsque je me perdais sur soundcloud, à la recherche de nouveaux artistes et de tracks qui me plaisent. Je suis littéralement tombé amoureux de l'ambiance qu'il propose, entre grosse rave et musique post-internet. Le contact s'est fait de manière à la fois simple et rapide : il a fallu que je poste un commentaire facebook sous l'une de ses publications pour lui dire que j'aimerais le voir mixer à l'une de nos soirées, et nous étions amis virtuels dans la journée ! C'est quelqu'un de vraiment sympathique, et il me tarde de pouvoir collaborer avec lui !

Retour à l'actualité : nous sommes à J23 de la période de confinement. Ce qui signifie un peu plus de  3  semaines  passées  sans  copaines,  sans  soirées,  sans  sorties.  La  période  post-confinement  demeure  très floue  et j'imagine  que les  perspectives  d'organisation  sont, de fait, brouillées. Cependant, on t'a aperçu plus d'une fois proposer des live  streams depuis ton balcon ensoleillé...  En un mot, comment ça se passe pour vous ? 

Effectivement, nous proposons des live streams durant lesquels je mixe, et Gael se charge de la production visuelle derrière et sur moi. Pour l'instant, on vit plutôt bien le confinement, le concept de live stream est assez rigolo, mais nous sommes impatient.e.s de reprendre bientôt, on l'espère, les hostilités ! Nous avons, pour l'instant, une soirée prévu le 22 mai et une autre le 5 juin. Encore une fois, affaire à suivre, en compagnie de notre ami le virus...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et oui gros manque de partage en chair et en os avec le public et les artistes invité.e.s.s... Salivons un peu plus en rave virtuelle : si tu avais carte blanche pour créer un line up pour une grosse teuf post lockdown, ça donnerait quoi ?

Si je devais organiser une grosse teuf bien violente, je pense que mon line up se composerait de Bulma, Kilbourne, dj SPORTY SPICE (ndlr : dj du collectif WIXAPOL) et Cera Khin.

S'il s'agissait d'une teuf plutôt calme, mon line up se composerait de Torus, DJ Lostboi, Malibu et enfin Quit Life.

On retient les noms !

[ Cliquez sur les blazes cirés par Dépression Mondaine pour explorer l'univers des artistes cité.e.s ;  arme spéciale anti-lazy confinement ! ].

En attendant, on souffle un bon coup, on relit ses classiques, on use la vie avec 15 squats, 20 pompes, 3 x 50 abdos, 6 séries de contraction des triceps sur le plan de travail de la cuisine, sans oublier les fessiers, on partage les codes NETFLIX, on s'étire, on mange bien, on transpire et on s'met bien. 

KEEP SAFE PALS, STAY AT HOME AND BE BRAVE 

BIG UP A TOUTES LES BLOUSES BLANCHES, AGENT.E.S D'ENTRETIEN DANS LES INSTITUTIONS DE SOIN, EMPLOYE.E.S DE GRANDES (moyennes et petites) SURFACES, OUVRIERS DU BTP, ROUTIER.E.S, LIVREUR.E.S, MEDECINS, INFIRMIER.E.S, AMBULANCIER.E.S, POMPIER.E.S, AIDE SOIGNANT.E.S, AUXILIAIRES DE VIE ET PHARMACIENS EN VILLE, POSTIER.E.S, FACTEUR.E.S, télétravailleur.e.s... et toustes les actif.ve.s que nous omettons de citer (but ACAB toujours) ;

pensées pour celleux qui ont été mises au chômage partiel et/ou auxquelles les congés payés ont été soumis du fait de la

situation (on serre les dents on lâche rien) ;

courage à toustes, CDD avortés, précarité accrue, loyers non ajournés, charges amoncelées, déménagements annulés,

confinement imposé avec une personne violente dans quelques mètres carrés, personnes sans domicile fixe en détresse

(d'autant plus parce que les passant.e.s se font rare), TDS au bord du gouffre : on pense à vous toustes.

Première ligne, deuxième ligne, confiné.e.s : uni.e.s plus que jamais contre les mensonges d'Etat et les injustices qui rejaillissent à travers cette situation hors normes. 

"Et pour dire simplement ce qu'on apprend au milieu des fléaux, qu'il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser."

La Peste (1947) de A. CAMUS

👉 pour suivre DEPRESSION MONDAINE et ERROR.tpg sur les réseaux :

[ SC ] : https://soundcloud.com/depressionmondaine

[ FB ] : https://www.facebook.com/errortpg/

⛥⛥⛥  S T A Y  W E I R D  ⛥⛥⛥

ALMEVAN - DISCORDANCE (gauche) et DEPRESSION MONDAINE - ERROR.tpg (droite) lors de la soirée FUNFAIR FROM HELL organisée en février 2020 à DAR LAMIFA (Marseille) en soutient

à la marche trans-inter

© KLUB666 

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