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Rencontre avec Naominitel [GLIT - Paris ] : Dark Disco/Techno/Wave

Débarquée du monde de l’informatique, des hackerspaces et du live-coding, ses dj sets révèlent son amour pour la mécanique entraînante des boucles de synthé et autres sonorités électriques et aux accents discoïdes, wave ou EBM. C'est dans les saints murs de la Mutinerie que nous l'avons rencontrée pour la première fois [coïncidence ? nous ne croyons pas]. La semaine dernière, nous avons eu le plaisir de partager le line up avec elle lors de la première soirée organisée par nos copaines marseillais.es du crew Error.Tpg. C'était trop intense pour en rester là, on en voulait plus. C'est donc sans aucune hésitation que nous avons sollicité ses talents de geek du beat pour le tout premier volet de notre podcast 666STREAM. Nous en avons également profité pour lui poser quelques questions afin de mieux saisir les contours de la personnalité de cette artiste prometteuse qu'on ne se lasse pas de (re)découvrir. Rencontre.

 

 

On va commencer par une question simple et efficace : comment as-tu découvert la scène techno ?

Pour moi ça a été totalement lié à mon arrivée dans le milieu queer et à ma transition. Donc tout récent. La première fois que je suis allée en club et que j’ai aimé ça c’était à une Shemale Trouble y'a même pas 3 ans. J’allais pas du tout dans ce genre de soirées avant. Et je pensais que j’aimais pas ça. Je pensais que je n’aimais pas la musique électronique non plus. Parce que les soirées dans les boîtes hétéros mainstream sont affreuses en termes de musique et en termes d’ambiance, mais aussi parce que j’étais pas suffisamment à l’aise dans ma vie pour socialiser dans ce genre de contextes à l’époque.

Et qu’est-ce qui t’as poussée à t’impliquer dans le milieu de la nuit, seule lorsque tu est invitée à poser du son, et avec ton collectif GLIT lorsque vous mixez en crew ?

J’ai toujours voulu faire de la musique sérieusement. J’ai joué de plein de trucs depuis mes 5 ans. L’année dernière j’ai eu comme un déclic que c’était ce que je voulais vraiment faire de ma vie. Le monde du jour, hétéro, du travail était trop dissonant avec mon monde et les trucs qui faisaient sens pour moi. Et la musique électronique m’est apparue d’un coup de manière évidente comme un truc que je pouvais kiffer et que je pouvais kiffer faire. Déjà parce que c’est la musique de la teuf dans notre milieu. Et un jour j’ai vu une vidéo de Rebotini en live, seul au milieu de ses dizaines de machines à commander sa musique et j’étais vraiment genre : « waow je veux faire ça ». Ça collait avec mon amour pour les machines, les ordis, etc. (je suis une grosse nerd à la base.) Et c’était suffisamment nouveau pour moi pour m’affranchir de beaucoup de complexes liés à ma créativité. À partir de là tout est allé super vite. Les gens de GLIT, je les ai rencontrés pour l’orga de la Rouge & Noire, une grosse soirée étudiante LGBT où j’étais invitée à mixer. On a eu quelques déboires avec les gens du club de mixage local, une bande de petits mecs cishétéros insupportables qui forçaient pour prendre tout le temps de mixage dans une soirée queer. Ça nous a rapproché.e.s, la soirée a bien marché et on s’est découvert une vraie synergie sur le plan musical. C’était juste évident qu’on avait envie de continuer à faire des soirées queer ensemble.

Attention, sujet épineux : pour toi, quels sont les défis majeurs auxquels le monde de la techno, et en particulier le milieu de la nuit TPBG, est confronté aujourd’hui ? As-tu des recommandations pour les promoteurs et organisateurs de soirées qui pourraient mener des actions concrètes pour faire avancer les choses ?

Alors je me répète parce que je le dis tout le temps, mais le fait de créer les espaces les plus safe et inclusifs possibles, c’est à dire faire en sorte que tout le monde se sente bien en soirée et dans le milieu en général, c’est vraiment un truc beaucoup plus compliqué que ça en a l’air. Ça doit pas être comme trop souvent seulement une position de principe (qui a le droit de venir ou pas). Typiquement, en tant que meuf trans, ça veut dire qu’on sente qu’on est bien incluses pour les bonnes raisons. Les gens ont plein de façons de nous montrer que malgré leurs discours, au fond, dans leurs têtes, ils nous rangent pas vraiment dans la catégorie « meuf ». Que ce soit quand on se fait draguer, ou au contraire quand on nous fait comprendre qu’on veut pas de nous. Et ça même chez les queers, hein. Ça prend juste d’autres formes, c’est moins avoué, mais du coup, d’autant plus vicieux. Malheureusement j’ai pas beaucoup d’idées de recommandations… Je pense qu’un bon premier pas pour ça, c’est de faire de la com positive, être attentif aux représentations qu’on renvoie. Ça passe par des trucs assez cons, genre les visuels, les textes, la façon dont les trucs sont formulés, etc. Et diversifier les line-ups. On voit pas beaucoup de meufs trans dans les soirées aux line-ups « full-meufs » . Bref, une vraie inclusivité qui change concrètement les choses pour les personnes concernées. Qui interroge vraiment les raisons pour lesquelles telles personnes sont incluses ou pas et qui nous pousse à questionner nos représentations et nos comportements.

Tu nous as raconté ta confrontation avec des mecs cishets relous basiques de base en soirée queer lors de la Rouge & Noire. Comportement effectivement insupportable qu'on retrouve encore trop souvent en teuf de la part de gens qui viennent aux événements étiquetés queer parce que c'est trendy et hype... Non, sans déconner, c'est vrai que ce sont les meilleurs soirées ahah... Nous, on se demande vraiment comment une scène peut rester «underground» tout en restant ouverte aux personnes qui souhaitent la découvrir... Une idée ?

Ben je pense qu’un milieu underground, par définition, soit c’est un milieu en constant renouvellement et donc il le reste, soit c’est qu’il ne l’était pas vraiment au départ. Je pense qu’il faut accepter qu’inévitablement une soirée cool finisse par tourner en rond ou par être fréquentée par un public maistream, mais c’est pas grave. On en fera d’autres. Des nouvelles soirées, avec des nouvelles personnes. Ça veut dire diversifier les line-ups, donner plein d’opportunités aux nouvelles personnes qui se lancent et pas toujours aux mêmes. Et surtout ça veut dire des soirées accessibles financièrement pour que le public que tu vises à la base puisse venir, et pour diversifier les personnes et donc les rencontres qui vont faire naître de nouvelles choses. Parce que beaucoup de gens ont des choses à dire dans nos milieux mais il faut qu’ils en aient la possibilité.

Quelle soirée ou événement t’as particulièrement marquée depuis que tu sors et joues dans des lieux fréquentés par les personnes de notre communauté ?

La Shemale Trouble of course. Comme je disais c’est la première soirée où je suis sortie et, 2 ans plus tard, la première soirée où j’ai joué en public. Ils avaient organisé un atelier où des DJs trans débutants pouvaient être formé.e.s aux platines de club et ensuite mixer pendant 1h devant le public de la soirée. C’était une opportunité incroyable, ça m’a boostée en termes de confiance en moi et j’en serais pas là aujourd’hui sinon. C’est ouf qu’ils aient fait ça. Et aussi, plaisir coupable, mais je vais quasiment toujours à la Wet for Me, parce que ça me fait juste trop plaisir de voir autant de petites meufs, lesbiennes, jeunes, pouvoir kiffer la night de manière aussi insouciante, se péchoter, se foutre à poil dans le club, etc. C’est cher, c’est pas l’endroit le plus safe pour tout le monde, clairement, les personnes trans en premier lieu (encore que comme je disais, c'est pas toujours bien mieux chez nous), mais je trouve ça cool de réaliser ce que ça représente déjà pour beaucoup de meufs pas spécialement politisées, pas spécialement queer, qu’une soirée comme ça existe.

 

 

Instant mélomanie : donne-nous 3 tracks que tu gardes tout le temps dans ta clé USB.

K-Effect – Mén-An-Tol, un de mes openings prefs ;

Dance Station – Beige & Yellow (Roliva Remix), je l’ai depuis mon tout premier set celui-là ;

Techno Bert – Neue Dimensionen, un vieux classique de new beat qui passe toujours bien ;

VTSS – Up & Down, pour varier, parce que j’aime bien les trucs un peu plus indus aussi.

Oups..., ça fait 4. J’ai pas réussi à choisir.

Tinquiète, on te pardonne ahah... Et ce serait quoi ton line up de rêve pour une teuf de samedimanche ?

Calling Marian (en live set !!), FAAST, Jukke, Transterror pour les gens du milieu. Et je kifferais vraiment un jour voir un live set d’Arnaud Rebotini en vrai aussi.

Une idée de ce qui t’attend pour 2020 ? Qu’est ce qu’on peut te souhaiter ?

Du live avec des machines et tout !! Depuis le début c’est ce que j’ai envie de faire. J’ai un projet de live set sur lequel je travaille. J’ai commencé à bosser sur mon propre langage de programmation pour séquencer mes synthés en écrivant du code en direct. (Grosse nerd je disais. On ne se refait pas.) C’est un chouette projet, j’espère que ça va aboutir. Et d’enfin avancer sur mes diverses prod de tracks aussi.

 

Ok c'est noté !! RDV en 2020 pour monter ce line up avec toi en session live ? On est plus chaud que Notre-Dame ! En attendant on écoute la session 666STREAM. Merci Nao !

 

👉 pour suivre NAOMINITEL :

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[ SC ] : https://soundcloud.com/naominitel

[ IG ] : https://www.instagram.com/naominitel/

👉 les photos qui illustrent l'interview sont signées Métabase Onirique

IG : https://www.instagram.com/metabase_orinique/

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© KLUB666 

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