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Nous avons découvert Mystique une nuit de fin d'automne à Marseille à l'occasion du retour du crew Paillettes. Nous avons été conquis par son sens de la déconstruction de la musique de club. Elle fait partie de ses artistes qui ne se lassent pas de fusionner des styles et les sonorités pour tenter de dresser les contours des vibrations post-rave. Rencontre avec une artiste à suivre de très près.

 

 

On va commencer par une question simple et efficace. Peux-tu, pour celles et ceux qui ne te connaissent pas, te présenter en quelques mots ?

Hello la team, moi c'est Mystique ! Je suis une jeune DJ/selecta née dans le Sud-Est de la France et installée à Marseille depuis peu. Squattant les dancefloors depuis de nombreuses années, ce n'est que très récemment que j'ai eu le courage de me produire sur scène - notamment avec le collectif lyonnais féministe, queer et racisé "Des Raciné.e.s". Avant cela, j'ai pu prendre part à des projets tels que Pidgin - un fanzine grenoblois édité par le journaliste Damien Grimbert - ou encore Radio Canut - radio lyonnaise libre et engagée - lors d'émissions animées par Effy Briest, chroniqueuse radio allemande.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je crois avoir compris que tu étais proche de tous.tes les créatif.ve.s qui gravitent autour du projet Egregore. Est-ce que tu peux nous parler un peu de ce collectif ?

C’est exact, je fais tout nouvellement partie des résidents de la fréquence Egregore depuis la rentrée :) !

Egregore Collective est une webradio indépendante et un label qui a vu le jour à Toulouse en 2017. A travers ce formidable projet, ses membres souhaitent mettre en avant la culture locale - mais pas que - riche, jeune et ambitieuse dans un esprit de partage et de fête ! J’ai suivi de loin leur construction et leur progression et c’est tout naturellement que j’ai souhaité y prendre part.

Toulouse fait partie de ces villes qui débordent d’une vitalité incroyable à l’instar des différents crews qui composent son paysage musical (Folklore, Ruff Club, Sympa, Les Siestes Electroniques…).

Mon émission mensuelle s'articule autour de la mise en lumière de collectifs français ou étrangers d'horizons diverses. A travers des formats allant de 1h à 2h, je leur laisse carte blanche pour exprimer leur créativité. La seule règle est qu'ils/elles se fassent plaisir.

Je travaille avec Sarah Woodhouse, jeune designer graphiste et typographe pour la partie visuelle (https://www.instagram.com/fala.fel/).

Et le lien vers les émissions : https://soundcloud.com/mystique3600/sets/mystical-mix-series-egregore

Un copain m'a très justement dit un jour qu'il était beaucoup plus facile de parler des autres que de parler de soi... Challenge : comment décrirais-tu ton univers musical ? 

Définir mon univers est un exercice difficile (rires). Je suis attachée à toutes les formes de créations existantes. J'aime jouer de celles qui prônent la diversité des identités (deconstructed club, post-rave, bubbling, hard drum, voguing...) comme de mes premiers amours que sont la bass music et le rap. Je suis aussi et surtout une grande passionnée de musiques latinos et afro-caribéennes (dembow, logobi, bouyon, dancehall, kuduro...).

Quel est ton ressenti sur la place occupée par les artistes qui déconstruisent l'esprit mainstream du clubbing sur la scène contemporaine ?

Les années 2010 ont assuré l’émergence de courants musicaux hybrides et nouveaux. Les frontières entre les genres et les univers se sont peu à peu effacés pour laisser le champ libre à l’expérimentation – grâce à des collectifs étrangers comme Night Slugs, Fade To Mind, GHE20G0TH1K, NAAFI ou AAMG.

Pour ma part, je considère la musique comme porteuse de beaucoup de messages, derrière chaque genre se dresse une histoire à raconter et une culture à célébrer ! Il est important de décloisonner les barrières dans un esprit de tolérance, la fête étant pour moi l’un des meilleurs moyens. En France à l’inverse, j’ai souvent eu le regret d’observer que les salles et festivals avec le plus de visibilité, se sont pendant longtemps réduits à n’inviter que les mêmes superstars de la techno ou de la house. Heureusement, d’irréductibles passionnés, disséminés un peu partout en France, se sont tentés à proposer des programmations plus audacieuses et éclectiques dans leurs villes respectives – par exemple les soirées Rebecca à Lyon ou le regretté Festival La Calypso sur Canet-en-Roussillon.

 

[ A lire : Victor Dermenghem "Dé/Reconstruire la culture club" – Revue Audimat n°11 – 2019 :

Playlist Youtube : Dé/Reconstruire la culture club ]

Aussi, alors que j’avais du mal à trouver ma place, c’est certainement au sein de la communauté LGBT que j’ai pris le plus de plaisir à sortir et à jouer. Il n’est pas toujours évident pour une très jeune fille de fréquenter le monde de la nuit « plus classique », tant ce dernier peut s’avérer hostile et mal intentionné. Il faut également prendre conscience de l’influence majeure de la scène queer sur le reste de la musique électronique. Comme le décrit si bien le journaliste et activiste Didier Lestrade, l’esthétique sonore des clubs gays de l’époque nourrit au jour le jour celle de la club music moderne. Aujourd’hui, le public français semble s’ouvrir à d’autres sonorités et à la rencontre des genres - considérés comme trop mainstream ou de mauvais goût par une grande partie de la communauté "alternative". J’espère de tout coeur réussir à leur rendre hommage.

Instant fangirling : donne-moi 3 tracks que tu pourrais passer en set, quelle que soit l'heure à laquelle tu joues...

DJ Exota VS V.alii Pussy Fucker : du bubbling 2.0 ou quand le reggaeton rencontre la super nintendo !

 

NAZAR – Blood, sweat & Cuca : du kuduro expérimental ultra saturé.

 

NKISI – Parched Lips : un morceau par la reine du doomcore saupoudré d’acid et de coupé décalé.

 

 

 

bonus : Rizzla + Blk.Adonis – Battyjack (Club Mix) – Une ode à l’eurodance et au dancehall.

 

 

 

Imaginons que tu aies carte blanche pour booker deux guests pour t'accompagner sur un plateau, sans considération de budget... Ca donnerait quoi ?

Le choix est compliqué... Plus que deux guests, c'est deux collectifs tout entiers que j’inviterai, pour célébrer mon amour de la danse et la bass music: Teklife & Hyperdub !

 

Parlons un peu de Marseille... A quoi ressemble le milieu de la nuit chez toi ? Est-ce qu'un événement ou un crew d'orga t'a particulièrement marquée depuis que tu traines dans la cité phocéenne ?

Le milieu alternatif et culturel marseillais est l’un des plus riches que j’ai eu la chance de fréquenter. Dans une synergie commune, une multitude de collectifs se démènent au quotidien et souvent avec peu de moyens pour faire briller les nuits phocéennes.

Parmi ses personnalités les plus marquantes je citerai sans hésiter Bogoss-Lacoste (a.k.a Yung Soft), qui en plus d’être un producteur talentueux, concentre en lui tout seul toute cette énergie fédératrice ! Il motive les troupes avec brio autour de projets musicaux et événementiels très divers :

EXTASIS & NYCTOPHILIA RAVE https://youtu.be/m_xu1rb8pDg

Projet « Danser le Noir » : https://www.facebook.com/pg/danserdanslenoir/events/?ref=page_internal

Southfrap alliance : https://www.facebook.com/southfrapalliance/

Je mentionnerai également les soirées du collectif d’artistes PailletteS – composé de P6r6r6k, Dasha & Sasha, Convulsions et Dessentie - comme faisant partie de mes meilleures expériences nocturnes. C’est très libérateur de pouvoir vivre autre chose qu’une simple soirée plongée dans l’obscurité et où tout le monde fixe le dj sans se parler : 5 étoiles sur Tripadvisor !

 

[ A lire : « Loin des Strass, les fêtes libres de PailletteS », Sarah Diep pour Manifesto XXI, 2019

https://manifesto-21.com/paillettes-interview/ ]

 

Enfin, le RIAM festival – Rencontres Internationales des Arts Multimédias - permet à Marseille de bénéficier chaque année d’une programmation de qualité en collaboration avec la plateforme européenne Shape.

Le mois de décembre touchera à sa fin ce soir à minuit... On se tente un petit top 3 de ton année 2019 ?

2019 fut une année plus que charnière pour moi, tant sur le plan professionnel que personnel. J’ai enfin pris le temps de me consacrer à ce que j’aimais réellement faire et je suis très heureuse de bénéficier du soutien des marseillais dans ma démarche.

Mon top 3 :

  • Mon passage dans le show « Malabar Train » géré par Doomcat et Kid Francis sur Tikka Radio.

  • Le public survolté du Coco Velten lors de la soirée Dancefloor organisé par Yung Soft, les danseurs Henri Abraham Soumah et Raymond Pinto, ainsi que les artistes Naomi Monderer et Zola.

  • Avoir pu partager l’affiche de PailletteS avec Qualiatik, P6r6r6k & Dépression Mondaine le temps d’une nuit.

Les flops :

  • Le manque de salles pouvant accueillir des événements musicaux nocturnes, des fermetures administratives à répétition et une répression toujours plus grande à l’égard du monde de la nuit...

Je crois qu'il va nous falloir ouvrir notre propre lieu autogéré pour remédier à tout ça... Pour terminer, qu'est-ce que je peux te souhaiter pour 2020 ?

J’espère que 2020 sera encore plus magique que 2019, que les feux des projecteurs se braquent sur Marseille !

Ok c'est noté !! RDV le 18 janvier prochain pour mettre le feu à Dar Lamifa avec le collectif ERROR.Tpg ! Bless you dear MYSTIQUE !

👉 pour suivre MYSTIQUE sur les réseaux :

[ FB ] : https://www.facebook.com/mystique3600/

[ SC ] : https://soundcloud.com/mystique3600

 

👉 pour découvrir les publications et les émissions d'Egregore Collective :

Site internet / Live : https://egrego.re/

Podcasts / Releases dispos sur : https://soundcloud.com/egreg-re

⛥⛥⛥  S T A Y  W E I R D  ⛥⛥⛥

Clôture du festival « En Marge des Fiertés » - Première édition – 23 juin 2018, Collectif Des Raciné.e.s - Lyon

Fanzine Pidgin – N°2 « Have Fashion, no Can Help » - Avril 2018, Editions Camion de Glace - Grenoble

https://pidgin.bigcartel.com/

© KLUB666 

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